Pulpo, et non poule au pot
C’est à Puerto Rico, sous la haute protection bienveillante du señor Pulpo — créature murale tentaculaire, divinité domestique et vigile gastronomique — que nous avons dîné, récemment, en toute sérénité historique.
Or c’est précisément là, entre deux tentacules peintes et un plat de poulpe parfaitement assumé, que m’est apparue l’évidence :
on nous ment depuis des siècles.
Car enfin, comment croire une seule seconde que Henri IV, roi de France certes pragmatique mais nullement dénué de panache marin, ait pu rêver pour son peuple d’une poule au pot — plat timide, sans audace, sans bras, sans encre, sans souffle mythologique ?
Chez les marins, Mesdames et Messieurs, circule depuis longtemps une tout autre tradition.
Une tradition plus ancienne, plus salée, plus honnête.
Henri IV n’aurait jamais parlé de poule.
Il parlait de Pulpo.
La confusion est aisée, me direz-vous.
À l’oreille, poule et pulpo se frôlent.
À l’écrit, une rature, un copiste distrait, un Béarnais pressé, et l’erreur devient doctrine d’État.
Mais qui, je vous le demande, qui ayant goûté l’élixir poulpesque — cette chair ferme, humble et cosmique à la fois — pourrait encore défendre la fadeur grotesque d’une poule mise en pot, noyée dans son propre ennui ?
La poule rassure le pleutre terrien
Le pulpo élève l’esprit du marin aventureux
Quand un poulpe de quatre mètres vous regarde pendant que vous mangez, vous comprenez beaucoup de choses sur la monarchie.
Chez les marins — et je parle ici d’une tradition orale, donc évidemment plus fiable que vos livres — on sait que Henri IV voulait que chaque Français ait son pulpo le dimanche.
Le dimanche, jour long, jour de sauce.
Pas une poule triste dans une marmite bourgeoise.
Non.
Un pulpo.
Un plat qui demande du temps, de la patience, et parfois un coup de bouteille pour l’attendrir.
La confusion vient d’un scribe.Toujours un scribe.
Un type sobre, probablement.
Il a écrit poule au lieu de pulpo.
Erreur minuscule.
Conséquences dramatiques.
Parce que regardez la France depuis :
– trop de poules
– pas assez de tentacules
Le pulpo nourrit, mais surtout il enlace.
Il rassemble.
Il prend le peuple dans ses bras — enfin… dans ses bras multiples —
et il ne le lâche pas.
Il est donc clair que l’imposture béarnaise, honteusement recyclée par nos manuels scolaires, n’est qu’une vaste opération de blanchiment culinaire, destinée à faire oublier que la France fut, l’espace d’un règne, une puissance tentaculaire.
L’imposture de la poule au pot d’Henri IV est manifeste. a
Rétablissons le Pulpo dans sa grandeur, sa dignité, et sa juste place au panthéon républicain des plats mal traduits.

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